Me JOBAG prête serment
Par Laurence CANIONI-PUXEDDU le vendredi 15 juin 2007, 19:04 - Lien permanent
Le résultat a été publié, je suis reçue. Intense moment d'émotion où l'on se regarde dans la glace en se disant: bonjour maître. La prestation de serment avait lieu à Paris, le 10 décembre 1980.Il fallait acheter la robe, trouver un parrain et surtout trouver un stage. Mes parents n'étaient guère riches et je n'avais pas la prétention de me parer d'une robe somptueuse. Heureusement, existait encore à l'époque un grand magasin nommé « la Belle Jardinière. » Un étage était consacré aux costumes professionnels dont les robes d'avocat. Nous voilà partis, essayage, retouches et j'endossais mon costume de travail qui était solide puisqu'il est encore opérationnel. Certes, il est élimé aux manches, le col a été raccommodé par ma mère, et les boutons manquants dérobés de ci de là, mais je l'aime ma robe, usée mais tellement auréolée de souvenirs. - N’empêche que tu m'as oublié dans le placard depuis 6 mois ! - Qui me parle! - Oui c'est bien moi ta robe, tu étais plus fière quand tu as levé la main droite devant la première chambre de la Cour d'appel de Paris. C'est vrai que j'étais fière, je m'étais fait faire pour l'occasion une permanente, qui me faisait ressembler à un mouton à lunettes, pourtant j'étais heureuse. Mes parents étaient à la tribune du haut, maman pleurait et mon père essayait de retenir ses larmes mais n'y arrivait pas. J'étais devenue 'quelqu'un" comme si eux n'étaient rien. Tu as raison petite robe, tu m'as propulsé dans une sphère différente. De ma cité, j'étais maintenant avocate dans le 16ème, j'entrais dans les beaux immeubles et le pire c'est que je m'y sentais bien. Grâce à mon travail à la banque, je faisais mon stage chez un grand avocat , ancien avoué et grande famille de juriste. Je dois dire qu'un temps je me sentis petite dans ce nouveau monde, j’étais un petit maître dans cette immensité de grands étalons. Revenons au jour de la prestation de serment, d'aucun dirons que ce cérémonial est surannée mais s'ils savaient comme c'est extraordinaire de se sentir devenir membre d'un ordre et de se lier à un serment aussi généreux que celui d'avocat. "Je jure, comme Avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité". Ce serment je m’y suis tenu et je suis fière aujourd’hui d’avoir exercé ce métier comme un artisan du droit.Dépassée par la montée des cabinets à l’américaine ? Non : car la relation avec mes clients était la confiance, 20 ans de barreaux, aucune plainte, aucune déclaration d’assurance. Oui j’étais heureuse d’entrer en avocat ,n’en déplaise aux aigris qui dénoncent les défauts qu’ils portent en eux-mêmes .Peut-être que leur avocat était pourri mais qui s’assemble se ressemble. !