LE DINOSAURE
Par Laurence CANIONI-PUXEDDU le dimanche 9 septembre 2007, 02:10 - Lien permanent
Non, il n'aurait pas été choqué par ce titre ce petit homme souriant et rondouillard que je rencontrais en ce matin d'hiver 1980.Je venais de prêter serment et encore auréolée de l'immense fierté que venait de me procurer cette cérémonie, je me rendais chez MeP. Le RER s'arrêta en gare de saint-Maur et mon coeur se mit à battre en approchant de son cabinet.L'entrée des immeubles de ce début de siècle sentait la cire et ,l'histoire de tous ces gens qui étaient passés là vous enveloppait d'un chuchottement silencieux comme si des centaines d'yeux vous regardaient passer.Je pris l'ascenceur à la porte grinçante pour accéder au 3ème étage, je crus que cette montée n'en finirait pas tant l'étroitesse de la cage et le stress de la rencontre m'oppressaient. Je sonnais et entrais comme il était stipulé sur la porte.La secfrétaire, au sourire doux et compréhensif semblait avoir le même âge que l'immeuble,"prenez place mon enfant" me dit-elle en me faisant pénétrer dans la salle d'attente.Sur les murs des fusains représentant Me P lors d'audience d'assises, et de jolies lithos.Les secondes égrénées par la comtoise provencale résonnaient comme des coups de gong dans ma tête. Soudain une porte s'ouvrit, et j'entendis "entrez voyons, je vous attends" Je pris ma respiration, j'allais voir un avocat , un vrai , un ancien. Mes craintes s'évanouirent au bout de dix secondes, l'éclat malicieux de ses yeux bleus révélait un être d'une grande sagesse et d'une grande humanité. Il me parla avec fougue de son métier pour lequel "il était entré en vocation".Il ne s'était jamais marié pour se consacrer à la justice qui était sa vie, avec laquelle il avait passé un pacte qui n'autorisait aucune infidélité.Il vivait pour faire triompher l'innocence, appaiser les souffrances et se battre pour que le droit soit appliqué.J'appris avec lui l'humilité, la résistance aux préjugés,la dureté du métier et l'ingratitude des clients.Oui, il m'avait prévenu de tout celà, du mépris de certains magistrats, du client pour lequel vous vous êtes battus bec et ongles et qui change de trottoir en vous voyant, mais aussi, de l'émotion qui vous étreint quand vous obtenez un acquitement et que la cliente vous tombe dans les bras à l'audience, des yeux pleins de larmes de l'homme pour qui vous êtes commis d'office et dont les honoraires sont une poignée de main si forte qu'elle se grave dans votre coeur. Il me parla de tout celà , et je repartis deux heures plus tard avec une fierté bien plus grande que celle qui m'habitait en arrivant, celle d'avoir rencontré un homme, de ceux qui bâtissent en silence une société fraternelle.Advocare, parler pour ceux ne peuvent le faire, défendre la veuve et l'orphelin , il avait toute sa vie appliquer cette devise et accompli la mission qui m'avait poussé vers ce métier. Si vous connaissez vous aussi de telles âmes vous comprenez de quoi je parle et combien ces diaments précieux ne cessent ne briller au fond de nous. Certes, il peut aussi apparaître comme venant d'un autre temps, pourtant il conserve la majesté de ces animaux qui imposent respect et crainte,douceur et force tranquille. Me JOBAG, avait grandi ce jour là, compris qu'il fallait avancer dans la dignité .